La Microbrasserie Pit Caribou a frappé un gros coup hier, alors que la première bière à fermentation spontanée, fabriquée et commercialisée au Québec était relâchée. Ça n'a pas été très long pour que les bouteilles se vendent aux quatre dépanneurs spécialisés qui en ont reçu. À l'Épicerie Lauzière de Drummondville, elles sont parties en 8 minutes. Chacun des dépanneurs en ont reçu que 60 bouteilles.

D'autres points de vente en consommation sur place (CSP) ont été élus. Entre autres, les deux Pubs du Pit Caribou, à Percé et à Montréal, au King Hall de Sherbrooke ou bien au Bateau de Nuit à Québec en avaient.

Après coup, durant la journée, beaucoup de publications sur les réseaux sociaux de gens qui ont réussi à s'en procurer. Il faut dire que cette distribution est présentée comme un événement historique dans le monde brassicole québécois.

La bière avait été présentée pour la première fois, de façon moins officielle, lors du lancement du livre Les Paradis de la bière Blanche de David Lévesque Gendron et Martin Thibault à la Station Ho.st. À ce moment, la bière était offerte en cask.

La bière

De couleur dorée, elle présente un voile très léger. Aucune mousse à l'horizon, sauf à peine quand on verse. Ce n'est pas une surprise. Sur la bouteille, on voit qu'elle titre 5.5% d'alcool et qu'elle contient 11.34 g/L d'acide lactique. Mesure qui ne dit pas grand-chose, quand nous n'avons pas de référence, étant donné que ce n'est pas une information couramment inscrite sur les bières. En ce sens, la mesure du pH aurait probablement été plus pertinente quand on sait que le pH d'un lambic peut jouer entre 3.1 et 3.7. Au moins, en tant que consommateur, ça nous dit que la bière a été observée et mesurée plus scientifiquement, qu'elle n'est pas traitée à la légère malgré sa nature spontanée, naturelle et artisanale.

Bière blonde issue d'une fermentation spontanée à ciel ouvert et affinée un an & demi en barrique de whisky.

— Étiquette de la Perséides

La Perséides de Pit Caribou, présente un goût de pommes vertes, une sensation légère de beurre gras, ainsi qu'une acidité lactique pas trop tranchante. La perception étant toujours un peu relative à nos propres perceptions, certains l'on trouvé très acidulée. On dénote aussi un petit côté boisé, caramel et vanillé qui vient équilibrer le tout. En se réchauffant, un côté floral, quasi miellé ressort davantage. La carbonatation est bien présente cette fois-ci dans une relative mesure, étant donné la nature de la bière.

L'effet beurre, qui provient normalement du diacétyle, est possiblement produit par les pediococcus qui sont présents dans les bières spontanées. Dans le cas qui nous intéresse, on a pas l'impression que c'en est la cause directe, car même si normalement cette flaveur n'est pas attendue dans un lambic, elle n'est pas perçue comme un défaut. Comme on ne connait pas pour l'instant les levures qui ont inoculé le moût, on ne peut pas écarter cette possibilité. Par contre, la saveur, telle que perçue plus grasse et quasi sucrée, est probablement un effet du fût de whisky qui peut potentiellement avoir des aromates qui rappellent le butterscotch et que l'on peut dès lors associer au « beurre gras ». L'attente de un an et demi a probablement eu son effet, d'autant plus que nous parlions d'un côté boisé également perçu dans cette bière.

La nature du lambic fait en sorte que c'est une bière pleine de défauts, mais tous ces défauts mis ensemble peut former un excellent produit. On va souvent procéder à des assemblages de différents lambics, de différentes années, pour équilibrer l'ensemble des caractéristiques qui individuellement peuvent être perçues plus fortement dans un brassin en particulier.

Veuillez noter que nous parlons de « lambic », mais la Perséides n'en est pas un. Comme le lambic est une appellation STG (spécialité traditionnelle garantie), tout ce qui n'est pas produit dans le Pajottenland et dans la vallée de la Senne ne peut pas s'appeler « lambic ». Dans cet article, on peut parler de lambic simplement pour nous donner une référence à cette bière.

Le nom

Le nom de la bière serait un concept dérivé du fait que la bière spontanée est inoculée à partir de levures présentes dans l'air. On voit cette illustration sur l'étiquette de la bière avec le bassin de refroidissement (le coolship) surmonté d'une perséide qui peut à la fois illustrer l'élément magique qui produira l'élixir souhaité.

Il s'agit également d'un jeu de mots avec Percé, d'où origine la bière. Bon, techniquement c'est L'Anse-à-Beaufils, mais ne nous enfargeons pas dans de menus détails ! D'ailleurs, lorsqu'elle avait été présentée à la Station Ho.st, elle s'appelait réellement Percéides avec un C au lieu d'un S.

Comme on indique « SPONTANÉE QC no.1 », on peut se douter que ce ne sera pas la dernière spontanée à voir le jour. Ce n'est pas non plus la première, deux précédentes ont dû être jetées. Une chose est sûre, d'autres sont en cours de production chez Pit Caribou et cette expérience ne fait que donner une belle perspective sur ce qui s'en vient.

Prix payé : 16$ pour une bouteille de 375ml en CSP.

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