En collaboration avec Stéphane Gariépy

Nous présentons des bières qui nous ont marqué en 2016. Ce ne sont pas toutes des bières extraordinaires, ni même les meilleures bières. Ce sont des bières qui nous ont surpris. Nous pourrions presque dire touchés.

Souvent, vous allez le remarquer, nous mettons la bière en contexte et c'est voulu. Beaucoup de bières ont une histoire et cette histoire influence l'expérience que l'on peut avoir en dégustant celle-ci. Pour ce Top 9 (on parle bien de coups de coeur), nous ne voulions pas réduire les bières à une description banale et fade. Elles méritent mieux.

Exorciste Sauternes, Dieu du Ciel!

L'Exorciste est une bière de Dieu du Ciel! qui n'est pas distribuée régulièrement. On retrouve trois bières de ce nom soit la Exorciste Brettanomyces qui est la plus commune, la Exorciste Mûres ainsi que la toute dernière, la Exorciste Sauternes.

Pour s'en procurer, il fallait être au marché d'été de Dieu du ciel tenu en juin à Saint-Jérôme. Vendue au prix de 15$, cette nouvelle version est l'Exorciste connue depuis quelques temps, mais cette fois-ci affinée en fût ayant préalablement contenu du Sauternes. Qu'est-ce que le Sauternes? Pour être bref, il s'agit d'un vin de dessert, d'origine française, moelleux et sucré. Au Québec, nous pourrions penser à un vendanges tardives, mais assez parlé de vin, passons à la bière !

Ici nous dégustons un nectar de Dieu (du ciel). Un pur délice puisque le côté funky et vineux sont parfaitement balancés. Elle allie le côté sucré du sauternes avec les épices apportées par le bois du baril. Le côté sauvage se développe de plus en plus, les bretts prenant leur place avec le temps. On y retrouve les caractéristiques d'une bière noble et on se délecte de ses saveurs fermières (cuir et champs) mêlées au moelleux apporté par la barrique et son vin sucré.

Un coup de coeur pour plusieurs, mais particulièrement pour moi cette année.

Sanctuaire Brett, Microbrasserie Le Castor

L'année 2016 aura vu la microbrasserie Castor se lancer intensément dans l'utilisation des levures sauvages. Si nous connaissions déjà la série Farmhouse Houblon et Brett Bitter débarquée en 2015, en 2016 apparait une gamme plus diverse de bières utilisant les brettanomyces et autres souches. Pensons à la Colorado, le Moine Féral et la toute première de l'année, la Sanctuaire Brett.

Le nom Sanctuaire ne vous est peut-être pas inconnu puisque la microbrasserie avait déjà sortie la Sanctuaire vieillie en fût de vin rouge précédemment. Ici, nous avons donc la même bière mais avec des brettanomyces en plus. D'abord, il s'agit bel et bien d'une tripel belge. Son taux d'alcool étant là pour nous le rappeler. Cependant, ce n'est jamais lourd à boire, même que c'est plutôt rafraîchissant. De la bière belge, nous retiendrons l'aspect de la levure qui apporte un côté épicé et orange. Pour le reste, il faudra se pencher sur le côté vin rouge qui lui confère une certaine acidité bien complétée par l'apport des bretts qui amènent une touche florale en jeunesse, mais qui ont développé un aspect plutôt chevalin (pensons à la visite d'une écurie) en vieillissant au cours de l'année.

Il s'agit là d'une belle bière un peu ignorée, mais n'en demeure pas moins qu'elle peut très bien évoluer et se défendre face aux grands crus des autres microbrasseries.

Nordet IPA, Auval

Cette bière aura fait courir les foules. Tout comme les autres bières de la jeune microbrasserie de la Gaspésie, sorties cette année d'ailleurs.

Ici, nous avons à faire à une bière de style IPA du Nord-Est qui présente une couleur orangée mais opaque. Impossible de voir au travers du verre. On y hume des arômes de pêche principalement avec une fraîcheur venant chatouiller les narines. En bouche, c'est crémeux à souhait comme texture, soyeux et fort probablement l'une des belles emprise en bouche que j'ai eu la chance d'apprécier cette année. On y décèle un côté poivré apporté par le houblon, le tout dissimulé dans un liquide très généreux présentant des notes d'agrumes comme l'orange et le pamplemousse rose.

Difficile à obtenir dans la région de la rive-nord de Montréal, je dois avouer que je n'en ai jamais acheté. Cependant, grâce au partage, j'ai pu y goûter à quelques reprises et même en avoir dans mon réfrigérateur. C'est une bière magnifique et totalement réussie. On regrette cependant l'accessibilité restreinte pour un si beau produit.

IPA, Les Trois Mousquetaires

La Double IPA étant bien connue, mais malheureusement disponible qu'une fois par année, j'étais très content de constater qu'une IPA rejoignait les rangs de la gamme de bière de la microbrasserie.

C'est au Mondial de la bière que cette bière a été servie en primeur. La toute première version servie en fût présente une belle amertume, le houblon est très présent et a du punch. Par contre, je me souviens qu'elle manquait peut-être un brin de texture à mon goût, mais les saveurs étaient très bonnes pour contrebalancer. Tout juste après le Mondial, cette bière fut embouteillée pour la première fois et c'est à ce moment que la magie a pu opérer.

Au fil du temps, elle est devenue plus juteuse, plus équilibrée entre l'amertume résineuse et le côté aromatique d'agrumes. D'une apparence trouble, elle s'avère être exactement ce que je recherche actuellement dans une IPA, soit une balance entre l'amertume et la texture soyeuse supportant le goût du houblon.

Ayant eu la chance de la boire durant la même période que leur Double IPA, j'aurais tendance à affirmer que la IPA est plus plaisante que sa grande soeur vu son équilibre.

Son format 750 ml est peut-être un peu excessif, mais comme elle se boit tellement bien, il est aisé de le vider au complet sans regrets! Bonne nouvelle, en 2017, elle devrait revenir plus souvent qu'une fois par mois selon les dires du brasseur.

Le Déjeuner Impérial, LTM

Limitée à 400 bouteilles, cette bière des Trois Mousquetaires (LTM) a été élevée presque immédiatement au rang des légendes brassicoles au Québec. C'est un peu malaisant d'en glisser un mot — malgré notre article sur la Déjeuner Impériale il y a deux mois de ça — puisque cette bière n'a pas atteint la langue de plusieurs consommateurs, mais nous pouvons au moins rêver à un prochain brassin. Encore aujourd'hui, les amateurs de bières du Québec se l'arrachent. Mais pourquoi donc ?

Parce que la simple mention des mots érable, bourbon et café suffit à exciter tout bon amateur d'impérial stout. Parlant de stout, il s'agit ici du premier stout offert par la microbrasserie et l'on pourrait croire qu'ils en font depuis dix ans tellement c'est réussi. Il s'agit là d'une bière recueillant toutes les qualités du café, du bois et de l'érable et les intégrant à merveille en fusion avec les caractéristiques d'un impérial stout.

Au visuel, notre oeil perçoit un liquide à la texture généreuse, ça colle au verre. Le tout est coiffé d'un mince collet beige peu persistant.

Au nez, c'est d'emblée le café qui pointe au travers d'un côté boisé et sucré. Une certaine amertume amenée par la torréfaction se fait un chemin.

À l'attaque en bouche, ce que nous pouvons remarquer est la faible présence de gaz. Ça rend le liquide soyeux et laisse s'exprimer l'alcool et le boisé apporté par le fût de bourbon. Une texture riche et crémeuse vient effleurer les papilles pour soutenir ce cocktail généreux de café sucré à l'érable. Un tourbillon de belles saveurs s'allient ensemble pour nous confirmer que Les Trois Mousquetaires ont définitivement bien réussi leur entrée en matière de stout. Si l'on peut penser qu'il s'agit d'un déjeuner, m'est avis que nous sommes plutôt en présence d'un beau dessert!

Kamarad Friedrich 666, Hopfenstark

À l'occasion de leur 10e anniversaire, la microbrasserie Hopfenstark a organisé un événement à son pub, la Station Ho.st. Si nous pouvions y retrouver deux assemblages inédits et les beaux classiques de la maison, dont les saisons, ce qui a particulièrement retenu mon attention est la Kamarad Friedrich 666. D'abord, juste cet alignement de chiffre est intriguant. Est-ce leur fameux impérial stout avec ajout de piments forts? Que nenni! Nous avons plutôt un impérial stout vieilli 6 ans, 6 mois et 6 jours en fût de bourbon, ce même impérial stout qu'ils brassent une fois l'an.
Si la version régulière nous offre un stout généreux sur le chocolat et le grain rôti, que peut nous offrir celui-ci vieilli plus de 6 ans en fût?

D'abord, nous pouvons nous référer à la version vieillie 24 mois qui est plus couramment servie. Celle-ci apporte de la rondeur à la version de base, c'est soyeux, légèrement sucré et vanillé et complété par un soupçon de bois et d'alcool.

Qu'en est-il de la 666 ? On y retrouve les caractéristiques de la version vieillie 24 mois, mais en moins rugueux, ça s'amenuise et laisse place à un côté sucré. Comme si le sirop d'érable et le fruit noir s'invitaient à la fête. Ce côté sucré vient arrondir et équilibrer l'abondance de saveurs fortes venues se frayer un chemin sur nos papilles dans la version 2 ans.

Le contrôle, la patience et la rigueur ont su affiner l'un des classiques de l'endroit et rendre accessible cet impérial stout de qualité exemplaire. Tout à fait réussi. Nous nous réjouissons déjà de savoir que la microbrasserie travaille à une distribution en bouteille de cette dite bière lors d'un événement!

White kraken, Korrigane

L'un de mes gros coups de coeur brassicole en 2016 fut IBU, Immersion Brassicole Unique. Unique, ça va de soi! Il y avait tout au site de la Tohu pour plaire à l'amateur de bières québécoises. Des microbrasseries peu ou pas présentes à Montréal, une organisation rodée au quart de tour, des bénévoles souriants et de la bière à profusion.

Ma bière coup de coeur de cet événement s'est avéré être la White Kraken de la microbrasserie Korrigane de Québec. Si bien que je l'ai recommandé à quelques festivaliers. Il s'agit d'une White IPA alliant les caractéristiques d'une witbier et d'une IPA.

Une bière trouble, voilée et d'apparence crémeuse avec un beau collet dense et persistant, le fût aidant. On y retrouve les épices et l'orange de la witbier avec un côté poivré, citronné et amer apporté par le houblon utilisé. Une bière peu complexe certes, mais bien exécutée et parfaitement appropriée sous le chaud soleil de Montréal.

Circonstances ? Je n'y crois pas ! La beauté de cette bière en fût rappelle qu'une bière n'a pas nécessairement besoin d'être vieillie en fût, de contenir des levures sauvages ou tout autre ingrédient inhabituel pour être appréciable.

Lune de miel, Unibroue

Unibroue est l'un des premiers contacts avec la bière de microbrasseries que j'ai eu. Ça date déjà, mais à l'époque j'aimais bien la Trois-Pistoles. Cette année, Unibroue ont offert trois bières vieillies en fût au Bières et Saveurs de Chambly en plus de concocter une bière de style Saison, la À tout le monde, pour le groupe de musique Megadeth. Une dernière nouveauté allait envahir les rayons en fin d'année, la Lune de miel. Comme son nom l'indique, il s'agit d'une bière contenant du miel. Celui-ci est incorporé lors de la refermentation en bouteille.

Cette dernière nouveauté présente une belle couleur dorée. Le collet est blanchâtre et persistant.

Au nez, on perçoit réellement le rayon de miel. Ça semble sucré. On y décèle les caractéristiques d'une tripel. Un peu de banane, d'épices et surtout le côté réconfortant du miel.

En bouche, on est près du nez d'ailleurs. Ça commence par un gros sucre d'hydromel fortifié qui réchauffe le palais et les parois buccales et un bouquet de fleur qui parfume la langue. En finale surgissent les épices classiques de la levure Unibroue et un léger côté houblonné.

C'est ravissant, un peu comme une braggot mais sans le côté sauvage et sec.

Impérial Ulrick Vieilli 10 000 Pieds Sous Terre, Le Prospecteur

À l'anniversaire du Prospecteur à Val d'Or, nous avons eu droit à tout un événement. Les gars de la microbrasserie nous avaient présenté leurs bières à Montréal au Brouhaha lors d'un tap take over. Ils nous ont convaincu de parcourir plus de 1400 km pour se rendre à leur fête. Nous n'avons pas regretté.

Plusieurs bières spéciales ont été présentés à l'occasion de l'événement, dont la 6000 Pieds Sous Terre Fût De Cognac (3 Mois) (sortie en 2015), mais également une belle impériale stout, la Impérial Ulrick Vieilli 10 000 Pieds Sous Terre. On ne connait pas exactement l'impact que peut avoir un vieillissement très creux dans un trou, probablement moins d'oxygène, mais le résultat est fabuleux. Une belle surprise de la part du Prospecteur.

La bière était d'un noir ténébreux, sans vraiment de collet pour trôner dans le verre. En bouche on a une texture liquoreuse, un peu grasse qui apporte du corps. Le café se mélange bien au côté chocolat. Une amertume soutenu par un côté torréfié vient compléter le tout. L'alcool est là, mais n'est pas dérangeant.